Josette Massy, B.A., M.Sc., ARP
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Josette Massy, fondatrice de Massy-Forget Communications en 1982, s’est distinguée par son engagement à assurer aux femmes une place de premier plan dans le domaine des relations publiques et du monde des affaires, tout en contribuant activement à la visibilité et à la reconnaissance de la profession. Elle a notamment été membre fondatrice de l’Alliance des cabinets de relations publiques du Québec en 1998. Membre permanente de la SRQ (aujourd’hui la SQPRP), elle a consacré son temps et son énergie à faire entendre sa voix et à s’imposer, démontrant à toute une génération de jeunes femmes l’importance de l’audace à une époque où la profession était encore largement dominée par les hommes.
À cet égard, elle devient rapidement la seule francophone au sein d’un réseau national de cabinets indépendants présents dans toutes les grandes villes canadiennes.
À la tête de Massy-Forget Communications jusqu’en 2002, elle s’est fortement impliquée au sein de diverses organisations culturelles et économiques, notamment la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). Son apport remarquable a été reconnu en 2012 par la Société québécoise des professionnels en relations publiques (SQPRP), qui lui a décerné le Prix Yves-Saint-Amand soulignant l’excellence de son parcours professionnel ainsi que son dévouement envers la profession et la relève. En 2017, elle a reçu le Prix Distinction – Conseil de l’Alliance des cabinets de relations publiques du Québec, mettant en lumière sa contribution exceptionnelle, l’excellence de son travail et son engagement soutenu envers le milieu.
Son influence personnelle et professionnelle a laissé une empreinte durable, l’agence qu’elle a fondée poursuivant encore aujourd’hui son développement. En 2002, sa fille, Mylène Forget, en est devenue la nouvelle propriétaire, tandis que Josette Massy demeure activement engagée à titre de présidente du conseil d’administration. Cette continuité de leadership a largement contribué à la remarquable longévité de l’agence, qui compte aujourd’hui plus de 40 ans d’existence.
Son héritage témoigne d’une contribution forte et pérenne à la pratique des relations publiques au Québec, enracinant profondément la profession et amplifiant la voix des femmes qui y évoluent.
En quelle année et où avez-vous commencé à exercer les relations publiques?
Je suis arrivée aux Relations publiques par accident. Après un Baccalauréat es Arts et une maîtrise en sciences (biologie), j’ai arrêté mes études pendant dix années, durant lesquelles j’ai pris soin de ma famille et élevé mes deux filles. Je suis ensuite retournée aux études pour faire un doctorat en sciences (physiologie).
J’avais déjà réussi mon examen pré doctoral et commencé à rédiger ma thèse lorsque mon directeur de thèse a été invité à passer une année dans une prestigieuse université en Californie. Il faut se souvenir qu’à l’époque, il n’y avait ni Internet ni FaceTime… J’ai donc décidé de quitter temporairement mes études durant cette période pour explorer autre chose. Cette décision a changé ma vie!
Quelques démarches m’ont permis d’obtenir une émission de vulgarisation scientifique à CKAC, une station importante de radio à l’époque, et un poste de recherchiste à TVA pour une émission hebdomadaire d’affaires publiques, « La parole est à vous ». Ces deux expériences m’ont donné la piqûre des communications. Chez TVA, outre la recherche des sujets d’émissions et du choix des invités, je devais préparer ces invités à ce qui les attendait sur le plateau de tournage. Le hasard faisant bien les choses, j’y ai rencontré le président de la Chambre de commerce du Québec qui m’a demandé si je pourrais m’occuper des relations publiques de la première édition des Mercuriades, concours maintenant bien connu, en mentionnant que ce serait du bénévolat. Et j’ai accepté – j’ai toujours aimé les défis – en me disant que ce serait pour moi la chance de travailler dans un nouveau domaine. J’ai adoré l’expérience.
Il faut croire que j’ai fait un bon travail, car on m’a sollicitée pour recommencer l’année suivante et là, j’ai demandé une rémunération qui m’a permis de lancer mon entreprise, en 1982, dans une des pièces du 2e étage de notre maison, et d’acheter mon premier ordinateur. Massy-Forget communications était née.
Trois ans plus tard, nous étions quatre dans de magnifiques bureaux partagés dans le Vieux-Montréal, et après trois autres années, nous déménagions au Centre-Ville. Nous étions six. Trois autres années encore, et nous occupions un étage d’un immeuble prestigieux avec une équipe de seize, parmi lesquels trois juristes, vu le nombre croissant de dossiers de gestion de crise. Nos clients nous référaient d’autres clients et il devenait de moins en moins nécessaire de solliciter une nouvelle clientèle.
Parallèlement à cette croissance, nous avons été un des premiers bureaux au Québec à implanter un réseau d’ordinateurs branchés sur plusieurs imprimantes et sur le fax. C’était assez innovateur. Un système informatique de feuilles de temps, taillé sur mesure, et intégré à un logiciel de facturation très avancé pour l’époque, a également facilité la gestion de l’entreprise. Le tout avant les années 90.
En 2002, j’ai réalisé mon rêve de réussir le passage du cabinet à la deuxième génération. C’est l’une de mes plus grandes fiertés, sachant que c’était une première pour un cabinet créé par une femme. Ma fille, Mylène Forget, juriste, l’a acquis et l’entité est maintenant connue sous Massy Forget Langlois relations publiques.
Aujourd’hui, après plus de 40 ans, l’entreprise est toujours là, poursuivant les principes de qualité et d’intégrité qui l’ont caractérisée depuis ses débuts.
Afin d’avoir une vue d’ensemble de votre parcours en communication, pourriez-vous nous présenter un survol de votre cheminement professionnel au fil des ans?
Je me suis donc retrouvée, le 1er mai 1982 dans mon bureau avec un mandat unique et la certitude absolue que je ne pouvais que réussir. La jeunesse!
Ma première action a été de joindre la Chambre de commerce de Montréal où j’ai pu rencontrer des gens d’affaires et pénétrer dans un monde que je ne connaissais pas. Peu à peu, j’ai réussi à obtenir des mandats ponctuels qui m’ont permis de cerner mon nouveau champ d’activités.
Et lorsque le mandat était trop complexe pour mes compétences de l’époque, j’engageais un professionnel indépendant, à l’expertise reconnue, et j’apprenais avec lui!
Un dimanche matin, quelques semaines après mes débuts, le téléphone de mon bureau a sonné vers 8 h. Évidemment, étant chez moi, j’ai répondu. C’était mon premier client dans le domaine de la gestion de crise qui appelait, n’ayant pu rejoindre personne un dimanche chez les grandes firmes de RP. Il s’agissait d’une usine d’explosifs aux environs de Montréal, où un accident avait causé mort d’homme. Et j’ai décidé de foncer.
Le lendemain, avec un professionnel indépendant reconnu dans ce domaine, nous sommes allés chez le client et avons immédiatement créé une cellule de gestion de crise avec conférence de presse dans la matinée et l’établissement de relations avec les trois niveaux gouvernementaux. Ce fut une des semaines les plus intenses de ma carrière, mais nous avons réussi à positionner l’entreprise comme une entité responsable, faisant preuve de compassion pour les familles des victimes, de soutien pour le reste des travailleurs et une prise de responsabilité sérieuse et crédible envers le milieu. Tout en répondant aux paliers gouvernementaux qui, dans les semaines qui ont suivi, ont semblé satisfaits du comportement de l’entreprise dans les circonstances.
Ce succès a contribué à établir la réputation du cabinet et m’a fait réaliser que, tout naturellement, j’avais appliqué à mon travail de RP les principes de logique et de rigueur intellectuelle que j’avais acquis durant ma formation scientifique.
En moins de cinq ans, le cabinet s’est bâti une réputation sans tache et s’est taillé une place enviable dans le domaine. Il était qualifié de boutique des RP, soit un cabinet de petite taille misant sur l’expertise, la proximité et le sur-mesure plutôt que sur la taille et le volume.
Il faut savoir que j’ai toujours été fonceuse avec une prédilection pour les défis. Et dans ma nouvelle vocation, j’ai fonctionné comme je l’avais toujours fait. J’aurais pu refuser de me lancer dans ce premier mandat très complexe, mais je n’ai même pas pensé à le faire. C’est cette attitude, innée chez moi, que j’ai essayé d’inculquer aux nombreux jeunes que j’ai aidés et formés dans mon cabinet. N’ayez pas peur de foncer, leur disais-je, mais assurez-vous que les risques que vous prenez soient calculés. Et n’hésitez pas à demander l’aide des experts qui vous entourent, car il ne faut pas causer de désastres… même si on a droit à l’erreur.
C’est à cette période que j’ai pensé étendre nos services en ayant des antennes ailleurs au Canada. Il fallait que je développe un réseau pour pouvoir accéder à des mandats couvrant d’autres territoires. Et donc, après de courts voyages qui m’ont menée de Halifax à Vancouver, j’ai réussi à établir, en collaboration avec les propriétaires des agences que j’avais rencontrés, une structure d’affiliés qui regroupait des agences dans les principales villes canadiennes. Ces agences étaient toutes, comme la mienne, indépendantes et gérées par leur propriétaire. Et nous partagions le besoin de nous regrouper en réseau.
Une première réunion des dirigeants nous a permis d’établir une entente basée sur la confiance, avec des tarifs et des modalités uniformes qui facilitaient l’échange d’information et de mandats. C’était audacieux, surtout pour l’époque, et ça a ouvert de nouveaux horizons pour notre cabinet à l’extérieur du Québec. Nous étions la seule agence francophone du réseau.
Dès 1987, on m’a demandé de coprésider le congrès de la Société des relationnistes du Québec, nom que portait la SQPRP à l’époque. Mon implication dans de nombreux comités et de nombreuses causes n’a pas cessé depuis.
C’était extraordinaire pour moi de constater qu’en si peu de temps, mon travail et celui de mon équipe soient reconnus par mes pairs.
Dans les années qui ont suivi, le magazine Publics, dédié aux RP du Québec, me consacrait un article de six pages, sous le titre « Une entrepreneure qui n’a pas froid aux yeux », soulignant mon rôle en tant que femme fondatrice et dirigeante d'une agence de relations publiques au Québec.
Plusieurs autres articles et mentions, dans des journaux et magazines spécialisés ou non, portant sur notre cabinet, ont également contribué à nous faire de plus en plus connaitre.
Quelques années plus tard, en 1998, je participais à la création de l’Alliance des cabinets de relations publiques du Québec (ACRPQ), qui regroupait les principaux cabinets de relations publiques du Québec.
Et en 2012, j’ai eu l’immense privilège de recevoir le prix Yves-St-Amand de la SQPRP pour l’excellence de mon travail professionnel et pour mon dévouement envers la profession et la relève. En 2017, le prix Distinction en consultation de l’ACRPQ, m’était également décerné.
Prix Distinction de l’ACRPQ. Ici photographiée avec sa fille, Mylène Forget.
Ces marques de reconnaissance, je les ai reçues avec une grande fierté car pour une femme, il était difficile, à l’époque, de faire sa place.
Voici deux anecdotes qui illustrent ces derniers propos.
Chambre de commerce de Montréal
J’ai été, dès 1982, un membre actif de la chambre de commerce de Montréal avec participation à divers comités, etc.
J’ai rapidement réalisé que, bien que les femmes comptent pour 51 % de la population du pays, il n’y en avait aucune au conseil d’administration de la Chambre.
Forte de mon enthousiasme naturel, j’ai donc décidé, en 1985, de fonder un comité, « Accès 51 », dans le but de faire bouger les choses et de permettre à des femmes d’accéder au CA de la Chambre de commerce ainsi qu’aux conseils d’administration des grandes entreprises d’où elles étaient pratiquement absentes.
Ce comité, composé d’hommes et de femmes, se définissait comme un lien qui travaillait pour le bien commun, sans revendications conflictuelles.
Cette année-là, au congrès annuel de la Chambre, des relations de presse entreprises par l’équipe de mon bureau ont généré une couverture de presse portant sur notre comité et l’importance pour la Chambre d’intégrer des femmes au conseil.
Le directeur général de l’époque a pris ombrage de la situation et, sous la pression, a nommé deux femmes de mon comité au CA, me disant qu’il ne voulait pas me nommer étant donné que j’étais « si combative ». J’avais rétorqué qu’il était dommage qu’une qualité chez un homme d’affaires devienne un défaut chez une femme d’affaires. Heureusement que les choses ont changé depuis…
Club St-Denis (club d’hommes d’affaires créé en 1874 où les femmes n’avaient pas accès)
C’était dans les années 90. Le président du Club St-Denis à l’époque, a communiqué avec moi pour me demander conseil. Plusieurs présidents avant lui avaient, tour à tour, essayé de permettre à des femmes d’affaires de devenir membres, sans succès. Le nouveau président s’était promis de réussir.
J’ai proposé de préparer un argumentaire qu’il pourrait présenter à la prochaine réunion du conseil avec des raisons précises pour lesquelles il faudrait changer les règles. Et il a accepté.
À la fin de mon argumentaire, comme dernier recours, je lui proposais de poser la question : « Mais de quoi avons-nous peur ? En quoi est-ce que la présence des femmes au Club est-elle dangereuse? ».
Je ne sais pas quels arguments ont été les plus efficaces, mais les femmes ont enfin eu accès à ce Club prestigieux. J’ai été une des premières.
En repensant aux années que vous avez passées à travailler en relations publiques, quelle réalisation considérez-vous comme votre plus grand accomplissement pour un client ou pour votre organisation? Pourquoi? À quel moment?
Ce premier mandat (l’usine d’explosifs) est, à mon avis, un de mes plus grands accomplissements car, durant l’année qui a suivi, nos actions de communication dans la communauté où œuvrait l’entreprise ont abouti à un résultat plutôt inattendu : l’entreprise a été choisie par la ville où elle était située comme l’entreprise de l’année.
Et là, j’ai pleinement réalisé l’importance cruciale des communications.
Cette expérience a été marquante pour l’entreprise qui a acquis, au fil des ans, une réputation de boutique des RP, alliant dans son travail une grande rigueur intellectuelle et la qualité du service au client.
En repensant à votre carrière en relations publiques, quel a été selon vous votre pire moment? Pourquoi? À quel moment?
Mon pire moment, je m’en souviens comme si c’était hier… Mais il s’est transformé, comme vous pourrez le constater, comme un des meilleurs.
Cinq ans après nos débuts, j’avais des bureaux au Centre-Ville de Montréal et nous étions six, incluant notre réceptionniste et moi.
Un matin, la réceptionniste m’informe qu’une personne du bureau du marketing de Coca-Cola de Toronto veut me parler. Ma réaction a immédiatement été que c’était une farce. Je ne pouvais pas imaginer qu’une telle entreprise puisse s’intéresser aux services d’un petit cabinet comme le mien. Mais j’ai décidé de jouer le jeu et ai pris l’appel, pensant démasquer le farceur après quelques instants. La conversation a gardé un ton sérieux et j’ai continué à jouer le jeu jusqu’au moment où un rendez-vous a été pris. J’ai raccroché et oublié le tout, me disant qu’un jour, je saurais qui avait essayé de me jouer un tour…
Mais au jour du rendez-vous, la réceptionniste arrive à mon bureau avec un drôle d’air pour m’aviser que trois messieurs de Coca-Cola venaient d’arriver. J’étais médusée. À ma demande, elle les a installés dans la salle de conférence. Je m’y suis rendue dès que j’ai repris mon souffle…
Après les salutations d’usage, j’ai immédiatement expliqué la situation : je n’avais pas cru que Coca-Cola me ferait l’honneur d’envisager de nous rencontrer. Et j’ai joué la carte qui m’a toujours servi, celle de la vérité.
Je leur ai donc donné le choix : soit nous éliminer définitivement de leur liste de cabinets, soit nous donner une deuxième chance en sachant qu’ils seraient LE client principal chez nous et que je m’occuperais personnellement de leur compte.
Et ils ont pris un autre rendez-vous !!!
Nous avons gagné le mandat global des relations publiques de Coca-Cola au Québec et l’avons gardé durant 11 ans.
Le pire moment est ainsi devenu le début de quelque chose de formidable car compter Coca-Cola dans notre liste de clientèle nous a permis d’obtenir de nombreux autres clients.
En ce qui concerne la planification stratégique des communications : quels changements avez-vous observés depuis vos débuts en relations publiques? Et quelles en sont les implications?
Lorsque j’ai commencé, une grande partie de notre travail consistait en des mandats ponctuels : conférences de presse, lancements de produits, tournées médiatiques, gestion de crise, etc. Au fil du temps, nous avons commencé à travailler à « retainer », c’est-à-dire que nos clients nous incorporaient en quelque sorte à leur équipe de gestion et faisaient affaires avec nous sur une base régulière.
Très vite, j’ai offert et souvent obtenu de préparer un plan de communication global pour l’entreprise, ce qui permettait de travailler avec un objectif défini pour l’organisation.
Les relations publiques sont donc devenues, au fil du temps, une fonction de gestion au lieu d’être un deuxième violon auquel on faisait appel lorsqu’on avait un besoin ou un problème ponctuel.
Quels changements avez-vous constatés depuis le début de votre carrière en relations publiques, et quelles en sont les implications, dans les domaines suivants :
Relations avec les médias
Les relations médias étaient, au début de ma pratique, un travail nécessitant beaucoup de temps et de patience… L’analyse de la situation et l’établissement des publics, etc. n’ont pas beaucoup changé depuis, mais la partie technique, elle, a complètement changé.
Il y a 40 ans, la première étape de la préparation consistait à établir une liste de presse. À l’époque, il y avait beaucoup plus de journalistes qu’aujourd’hui et ils changeaient souvent de secteur. Rappelez-vous qu’il n’y avait pas d’ordinateurs et donc, la recherche de qui faisait quoi était faite de façon manuelle par des appels, etc. Chaque événement de presse, même rapproché du précédent, nécessitait la mise à jour des listes de presse!
À cette époque, il n’y avait pas de médias sociaux. Et le nombre de postes de télévision et de journaux était limité. Sans oublier les magazines qui, dans certains cas devaient être rejoints sous embargo 3 mois avant leur date de tombée. Il fallait donc s’assurer que tous les médias ciblés étaient rejoints au bon moment de la bonne façon, le tout sans aide électronique et avec les moyens de l’époque : courriers, fax, livraisons spéciales et suivis téléphoniques en conséquence.
Pour ceux et celles qui n’ont pas vécu la période des courriers, il s’agissait de jeunes qui venaient cueillir les enveloppes au bureau, dans l’heure qui suivait la demande qui se faisait par téléphone, et qui les livraient dans l’heure en sillonnant la ville en bicyclette, quel que soit le temps.
Aujourd’hui, ça a bien changé. Vous connaissez mieux que moi les méthodes de travail actuelles. L’information est continue. Ce qui se passe au bout du monde nous parvient instantanément et les médias électroniques et sociaux relaient l’information si rapidement que la moindre erreur se répand comme une trainée de poudre. Sans compter qu’il y a moins de journalistes et que les influenceurs prennent beaucoup de place.
À mon avis, le progrès n’est pas toujours positif et la rapidité qui caractérise les temps présents permet la circulation de l’information en temps réel, bien sûr, mais aussi celle de la désinformation. À mon avis, c’est très inquiétant.
Organisations médiatiques et qualité du journalisme
J’ai vécu le début de ce que je considère comme une révolution médiatique.
À mes débuts, les médias étaient solides et peu nombreux : quelques journaux, des magazines, des hebdos, quelques stations de radio et de télévision. Les journalistes étaient spécialisés et la plupart travaillaient exclusivement pour le médium auquel ils étaient attachés.
Près de 10 ans plus tard, les organisations médiatiques ont commencé à se regrouper pour des raisons souvent financières. Avec l’arrivée d’Internet et des multiplateformes, les journalistes n’ont eu le choix que de devenir polyvalents puisqu’on exigeait qu’en plus de leur travail de base, ils produisent de l’information pour les nouvelles plateformes.
Parallèlement, les revenus publicitaires des médias traditionnels ont fortement diminué. Dans les années 2010, on a pu voir le début de l’effondrement de la presse écrite et le virage numérique qui est maintenant notre réalité.
Je ne reçois plus aucun journal et même mon hebdo de quartier est devenu numérique depuis un an!
À ce virage numérique sans doute irréversible se greffe la présence de plus en plus « compétente » de l’intelligence artificielle. On peut se demander quelle place elle prendra dans la salle de rédaction d’ici quelques années. Est-ce que l’information sera nivelée par le bas avec des données uniformes générées automatiquement et une interprétation légèrement différente selon l’ajustement du logiciel d’IA utilisé par chaque medium? Avec toutes les possibilités de désinformation qui pourraient en être la conséquence…
Communications internes / avec les employés
Bien que les ressources humaines soient sensibles aux communications avec les employés, j’ai noté que ce volet était, à mon époque, le parent pauvre des relations publiques. Les communications internes étaient actives surtout après une crise dans l’entreprise ou un changement de culture interne important tel une fusion ou l’implantation de nouvelles procédures de travail.
Nous avons, durant ma carrière, pris en charge de façon professionnelle un maximum d’une demi-douzaine de journaux internes. Mais je me dois de rapporter que plusieurs de nos clients préparaient une feuille polycopiée avec des nouvelles relatives aux employés. C’était mieux que rien.
Relations avec les actionnaires / investisseurs
Nos actions de ce volet se sont limitées à la production de plusieurs rapports annuels et l’organisation d’assemblées annuelles avec rédaction des allocutions.
Application globale de la planification des relations avec les parties prenantes
À mon époque, les parties prenantes étaient déjà nombreuses : publics internes et externes, paliers gouvernementaux, groupes de pression, etc. Chaque partie prenante était elle-même divisée en sous-groupes. Je pense que ça n’a pas changé. Mais l’importance de certains groupes a beaucoup augmenté.
Ainsi, les groupes de pression, qu’ils soient reliés à l’environnement ou à d’autres enjeux importants pour notre société actuelle, ont pris beaucoup d’ampleur et de place. Il ne s’agit plus seulement de relations publiques.
Et que dire des médias sociaux ! Mais je n’ai pas eu l’occasion de gérer ce volet, ayant pris ma retraite avant son plein déploiement.
Utilisation de la recherche avant et après les campagnes
C’était un autre parent pauvre durant mes débuts. Les budgets n’étaient jamais là pour de la recherche, sauf lorsqu’il s’agissait de recherche marketing, avant mise en marché. Nos clients corporatifs trouvaient que notre rapport final, après une action en relations publiques, avec résultats chiffrés des retombées médiatiques, était suffisant. Heureusement, les mentalités ont évolué. J’ai cru comprendre que la recherche prend de l’importance, même s’il y a encore place à amélioration.
Gestion des enjeux de manière structurée et formalisée
La gestion des enjeux a toujours précédé une démarche rationnelle et professionnelle de relations publiques en situation de gestion de crise ou en cas de problème potentiel d’une entreprise.
Je ne pense pas que cette réflexion préalable à la préparation d’une stratégie globale ait beaucoup changé. Sans elle, je doute qu’un plan stratégique professionnel puisse être préparé.
Qualité et compétence des nouveaux venus dans le domaine des relations publiques
J’ai été très étonnée d’apprendre le nombre de nouveaux cabinets de relations publiques depuis mon départ de la vie active. Avec la formation universitaire présentement offerte dans le domaine, j’ose espérer que ceux et celles qui y œuvrent ont les compétences nécessaires pour servir leurs clients de façon professionnelle selon les règles de l’art.
L’agrément en relations publiques (ARP), octroyé par la SCRP, est un gage de qualité et je suis fière de placer ce sigle après mon nom.
En considérant que la gestion de la réputation fait partie intégrante de relations publiques efficaces, en quoi son application diffère-t-elle aujourd’hui de ce qu’elle était, disons, il y a 30 ans?
La gestion de la réputation est primordiale pour n’importe quelle entreprise. Ce qui diffère aujourd’hui, selon moi, c’est le nombre de paramètres selon lesquels cette réputation s’établit. Il ne suffit plus de produire des biens et services de qualité, il faut respecter les nouvelles règles de la société à tous les niveaux : éthique, probité, honnêteté, normes environnementales, respect des différences, inclusion, etc. L’entreprise doit donc être très présente dans son milieu rapproché et distant et démontrer qu’elle agit non seulement pour son propre bien, mais aussi pour le bien de la société.
Quelle est votre opinion sur les grandes firmes nationales et multinationales de relations publiques, comparativement aux petites firmes spécialisées?
Toutes ont leur place. De la multinationale à la boutique généraliste ou spécialisée, elles offrent un éventail de services que les entreprises peuvent choisir selon leurs besoins.
Une entreprise internationale pourrait avoir besoin de plusieurs firmes : une, multinationale, pour les besoins internationaux, et plusieurs boutiques locales, arrimées sur leur connaissance de la région ou du pays, pour les services plus pointus, nécessitant une familiarité avec les us et coutumes locaux.
Y a-t-il autre chose dont vous aimeriez parler concernant l’évolution de la pratique des relations publiques depuis que vous y participez? Par exemple, comment percevez-vous l’évolution de l’éthique comme principe fondamental de la communication, ainsi que des questions de diversité, d’inclusion et d’équité? Et qu’en est-il du rôle et des responsabilités des femmes dans le domaine aujourd’hui?
Nous parlions très peu d’éthique lorsque j’ai commencé ma pratique. Les relations publiques avaient surtout pour but d’influencer l’opinion publique. Puis elles ont évolué pour aller vers l’établissement de relations avec les publics, relations basées sur l’écoute, le dialogue, le respect et la transparence. Il a donc fallu vérifier que toute information diffusée serve à établir et à maintenir un lien de confiance avec les publics. Cette approche est devenue de plus en plus cruciale avec l’avènement des médias sociaux qui diffusent en continu et exposent très rapidement tout manquement à l’éthique.
Quant à la place des femmes en RP, les choses ont vraiment changé. Les femmes étaient déjà bien présentes dans les firmes et organisations dans les années 80, mais souvent dans des rôles secondaires. Je m’en suis rendue compte en constatant qu’à l’époque, j’étais la seule femme à avoir fondé une agence. Puis les femmes ont occupé de plus en plus de place et maintenant, elles sont très présentes, avec de plus en plus de postes de direction dans les cabinets de RP et dans les grandes entreprises. Par contre, j’ai l’impression qu’elles le sont moins dans les domaines du lobbying et des affaires publiques.
Durant ma vie active en RP, où j’ai trouvé important de faire entendre ma voix, j’ai peut-être inspiré quelques jeunes femmes qui commençaient dans le domaine. Je n’ai jamais refusé de rencontrer celles qui voulaient discuter des possibilités d’y faire carrière et ai eu la satisfaction de recevoir plusieurs témoignages qui indiquaient que ce que j’avais accompli avait servi d’exemple et aidé certaines d’entre elles à faire leur place dans ce monde des communications, très masculin à l’époque.
Quelles sont vos réflexions sur l’évolution des valeurs sociales et environnementales dans les pratiques de communication? Et sur l’attention portée aujourd’hui aux changements climatiques dans la communication? Aux communications liées à la responsabilité sociale des entreprises (RSE) et au développement durable?
Dans les années 1980, les préoccupations sociales et environnementales existaient évidemment, mais elles occupaient une place relativement marginale dans les stratégies de communication. À l’époque, on parlait davantage de relations avec le public au sens traditionnel : réputation, médias, enjeux opérationnels. Les questions environnementales n’émergeaient vraiment que dans certains secteurs – notamment les ressources naturelles ou l’énergie – et la responsabilité sociale des entreprises n’était pas encore un cadre structuré comme aujourd’hui.
Ce qui me frappe, avec le recul, c’est à quel point les valeurs sociétales ont gagné en importance dans la manière dont on conçoit et déploie la communication. Le public est devenu plus exigeant, plus informé, et surtout moins tolérant envers les incohérences. Les organisations n’ont plus seulement à « dire la bonne chose » : elles doivent faire la bonne chose, et le démontrer. Cette nécessité de cohérence — entre les paroles, les actions et les impacts réels — est l’un des plus grands changements que j’ai observés.
La RSE et le développement durable qui étaient autrefois perçues comme un volet périphérique sont devenus le cœur même de nombreuses communications corporatives. Les entreprises sont maintenant évaluées sur leur capacité à contribuer positivement à la société, à réduire leur empreinte et à rendre des comptes. Pour les communicateurs, cela demande une grande rigueur et une meilleure compréhension des enjeux complexes, multidisciplinaires et souvent sensibles.
En somme, je vois une évolution très nette : on est passé d’une communication essentiellement transactionnelle à une communication profondément ancrée dans les valeurs, la transparence et la responsabilité.
En bref, c’est une transformation nécessaire et saine qui me réjouit. La communication n’est jamais plus pertinente que lorsqu’elle est au service du bien commun.
Selon vous, quelle direction prendra la profession des relations publiques dans les années à venir?
Le monde a bien changé depuis mes débuts en relations publiques. D’une information basée sur un nombre restreint de médias, TV, radio, journaux et magazines, on se retrouve dans un système numérique complexe qui change la donne. L’adoption d’Internet par la très grande majorité et les nombreux médias sociaux font qu’une information peut être adaptée pratiquement à chaque individu en fonction de son profil et de ses intérêts. Ce morcellement, qui est très intéressant en soi, rend le travail de diffusion de l’information beaucoup plus complexe. La rapidité de diffusion fait que toute erreur peut devenir instantanément catastrophique.
Dans ce contexte, les conseillers en relations publiques devront maîtriser un nombre de plus en plus grand de canaux de communication pour atteindre les publics de plus en plus en plus morcelés. Et puisque les publics lisent de moins en moins (c’est mon avis personnel), la communication audio-visuelle deviendra de plus en plus présente.
Et que dire de l’intelligence artificielle ! J’ose espérer qu’elle ne remplacera pas les professionnels en relations publiques. Mais elle est un outil très intéressant pour faciliter les tâches de routine et sera fort probablement de plus en plus utilisée au fur et à mesure qu’elle deviendra encore plus performante.
Personnellement, j’appréciais la relative lenteur des communications durant mes années actives. Nous prenions le temps de réfléchir, les documents voyageaient par messager et nous étaient retournés de la même façon, ce qui nous donnait un temps de réflexion. Aujourd’hui, lorsque je reçois un message, on m’appelle quelquefois 5 minutes plus tard pour me demander la raison de mon retard à répondre!
Quels conseils donneriez-vous, en tant que mentor, à une jeune personne qui entre dans le domaine des relations publiques?
J’ai souvent aidé des jeunes qui voulaient commencer une carrière en RP. Souvent, ils ou elles se faisaient une fausse idée de ce en quoi consistait le travail.
Je dirais à une jeune personne de commencer par obtenir une solide formation académique. Le travail de RP exige que le professionnel soit au courant de ce qui se passe dans notre environnement social, politique, économique, artistique, etc., et comprenne les enjeux de notre société actuelle.
Ensuite, il faudrait qu’il développe son sens critique afin de pouvoir distinguer le vrai du faux dans notre monde où la désinformation est omniprésente.
Et enfin, cette personne doit avoir le courage de foncer et de ne pas accepter un non comme réponse. Que de fois, dans ma carrière, me suis-je fait dire qu’il était impossible de faire telle ou telle chose! C’est parce que j’ai quand même essayé, et souvent réussi, que le succès a été au rendez-vous.
Finalement, je lui dirais que le respect doit diriger son travail à tous les niveaux. Le respect de la vérité, le respect des individus, le respect de l’organisation dans laquelle il ou elle travaille ainsi que le respect des valeurs de notre société.
Bourses de mérite reliées à mon parcours scientifique